Emmanuel Macron promet une nouvelle législation pour bannir les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Le 21 juillet 2026, le Parlement français a adopté un texte interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Cette mesure, portée comme un instrument de protection des mineurs, a ensuite rencontré un obstacle constitutionnel. La censure prononcée le 14 août n’a pas clos le dossier. Emmanuel Macron a confirmé la préparation d’une nouvelle législation et demandé à Ursula von der Leyen un cadre européen susceptible de sécuriser juridiquement l’interdiction. Le gouvernement a également soumis une version remaniée à la Commission européenne.
Le projet dépasse la fixation d’un âge minimal. Son application suppose de vérifier l’âge sans organiser une collecte excessive de données personnelles, de distinguer les plateformes concernées et de prévoir des recours. Les autorités devront aussi articuler le dispositif avec le droit européen, notamment le règlement sur les services numériques et les règles relatives à la vie privée. Pour les familles, les établissements scolaires et les entreprises technologiques, le changement pourrait transformer les conditions d’accès à Instagram, TikTok, Snapchat, Facebook, YouTube ou X.
En Bref
- Emmanuel Macron veut relancer une législation destinée à bannir les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
- Le précédent dispositif a été censuré, ce qui impose une rédaction compatible avec la Constitution et le droit européen.
- La vérification de l’âge représente le principal défi technique pour les plateformes et les autorités.
- Le futur cadre devra protéger la jeunesse sans multiplier les données d’identité collectées sur internet.
- La France cherche un appui européen afin d’harmoniser les obligations et les sanctions.
Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : le projet relancé par Emmanuel Macron
La nouvelle initiative présidentielle intervient après un parcours législatif mouvementé. Le Parlement avait approuvé une interdiction générale, présentée comme une réponse aux risques associés à l’exposition précoce aux plateformes sociales. Le Conseil constitutionnel a ensuite censuré le dispositif. Cette décision oblige l’exécutif à revoir sa méthode, car une restriction d’accès doit reposer sur une base juridique précise, proportionnée et suffisamment encadrée.
Le 14 septembre, Emmanuel Macron a déclaré que le gouvernement poursuivrait le chantier. Il a simultanément défendu l’idée d’un texte européen auprès de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Cette double démarche répond à la structure du marché numérique. Les principaux services utilisés en France opèrent dans plusieurs États membres et appliquent souvent des systèmes techniques communs à toute l’Union européenne.
Pourquoi le précédent texte a rencontré une difficulté constitutionnelle
Une interdiction fondée sur l’âge limite l’accès à des services qui servent à communiquer, publier et consulter des informations. Le législateur doit donc concilier la protection de l’enfance avec plusieurs libertés. Il doit également définir les responsabilités respectives des plateformes, des parents, des fournisseurs de solutions techniques et des autorités chargées du contrôle.
Une règle trop générale peut manquer sa cible. Une messagerie privée, un forum pédagogique et une plateforme de vidéos courtes ne présentent pas les mêmes fonctions. Leur modèle économique, leur système de recommandation et leur niveau d’exposition publique diffèrent. Le nouveau texte devra établir des critères objectifs pour éviter qu’un service éducatif soit traité comme une application centrée sur la viralité.
La proportionnalité joue aussi un rôle central. La loi doit expliquer pourquoi le seuil de 15 ans répond à l’objectif poursuivi et comment les restrictions seront appliquées. Elle devra préciser si une autorisation parentale reste possible, si certaines fonctionnalités peuvent être ouvertes et si les comptes existants seront suspendus. Sans ces éléments, les utilisateurs et les opérateurs risquent d’interpréter différemment la règle.
Un seuil de 15 ans déjà présent dans le droit numérique français
Le choix de cet âge ne part pas d’une page blanche. La France utilise déjà 15 ans comme référence pour le consentement d’un mineur à certains traitements de données liés aux services numériques. À l’échelle européenne, l’article 8 du règlement général sur la protection des données fixe un seuil par défaut de 16 ans, tout en autorisant les États membres à le réduire jusqu’à 13 ans.
Cette référence ne crée pourtant pas automatiquement une interdiction des réseaux sociaux. Le consentement au traitement des données et le droit d’ouvrir un compte relèvent de mécanismes distincts. Une future législation devra donc préciser son articulation avec le RGPD, les conditions contractuelles des plateformes et les règles de protection des consommateurs. Une simple reprise du seuil ne suffirait pas à construire un système applicable.
La portée territoriale doit aussi être définie. Une entreprise établie hors de France peut proposer son service aux internautes français depuis une infrastructure internationale. Le texte devra déterminer si l’obligation dépend de la résidence de l’utilisateur, de la langue du service ou du marché ciblé. Le droit européen offre un cadre mieux adapté à ces opérations transfrontalières, ce qui explique la demande adressée à Bruxelles.
La nouvelle version devra finalement transformer une promesse politique en obligations contrôlables. Cela implique une définition des services visés, une procédure de vérification proportionnée, un régime de sanctions et des voies de recours. La solidité du dispositif dépendra moins de son intitulé que de la précision de ces mécanismes.
Vérification de l’âge sur internet : le principal défi technique de la législation
Bannir l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans suppose de reconnaître l’âge de chaque utilisateur. Une simple case déclarative ne répondrait pas à cet objectif. Un adolescent peut modifier sa date de naissance en quelques secondes. Les plateformes devront donc recourir à des méthodes plus fiables, tout en limitant les informations personnelles transmises et conservées.
Plusieurs solutions existent déjà dans l’écosystème numérique. Elles ne présentent ni la même précision ni le même niveau d’intrusion. Le contrôle d’un document officiel offre une indication robuste, mais il expose des données telles que le nom, la photographie et la date de naissance. Une fuite de ces informations aurait des conséquences bien supérieures à la perte d’un mot de passe.
Les méthodes envisageables pour contrôler le seuil de 15 ans
- La vérification d’un document d’identité, avec suppression des éléments inutiles après validation de l’âge.
- L’estimation faciale, qui analyse une image afin d’évaluer une tranche d’âge sans identifier la personne.
- L’attestation fournie par un tiers de confiance, séparant la preuve d’âge du compte utilisé.
- L’identité numérique, lorsque le portefeuille choisi transmet uniquement une confirmation de majorité numérique.
- Le contrôle parental lié au système d’exploitation, sous réserve d’une configuration familiale fiable.
- L’analyse de signaux du compte, utilisée pour détecter une déclaration d’âge manifestement incohérente.
La vérification documentaire paraît directe, mais elle crée un risque de centralisation. Les plateformes n’ont pas besoin de connaître l’identité civile complète d’un internaute pour déterminer s’il a atteint 15 ans. Un système mieux conçu transmettrait une réponse binaire, sans communiquer le nom, l’adresse ou le numéro du document. Cette séparation réduit la quantité de données accessible au réseau social.
L’estimation faciale évite parfois l’envoi d’une pièce officielle. Elle demeure imparfaite près du seuil légal. Une personne de 14 ans et onze mois peut être classée au-dessus de 15 ans, tandis qu’un jeune adulte peut être refusé. La législation devra donc imposer un mécanisme de contestation et proposer une autre méthode aux personnes qui ne souhaitent pas utiliser leur visage.
Le modèle du double anonymat pour protéger les mineurs
Le double anonymat constitue une piste technique importante. Un prestataire vérifie l’âge, puis délivre un jeton cryptographique attestant que le seuil est atteint. Le réseau social reçoit cette preuve sans connaître l’identité réelle. De son côté, le vérificateur n’a pas nécessairement besoin de savoir quelle plateforme consulte l’utilisateur. Ce découplage limite le suivi entre différents services.
Une telle architecture doit empêcher la réutilisation abusive des attestations. Un jeton partagé entre plusieurs personnes rendrait le dispositif inefficace. À l’inverse, un identifiant permanent utilisé sur toutes les applications permettrait de suivre un individu sur internet. Les spécifications devront arbitrer entre résistance à la fraude, confidentialité et simplicité d’usage, avec des audits réguliers du code et des infrastructures.
Les systèmes d’exploitation peuvent apporter une couche complémentaire. Android et iOS disposent déjà de fonctions familiales, de restrictions d’installation et de paramètres liés à l’âge. Leur utilisation exclusive poserait néanmoins un problème d’équité. Tous les appareils ne sont pas correctement configurés, certains sont partagés et les informations du compte principal peuvent être inexactes.
La sécurité du parcours compte autant que la méthode choisie. Les pages de contrôle doivent résister à l’hameçonnage, car des fraudeurs pourraient imiter un écran officiel pour récupérer des pièces d’identité. Les utilisateurs devront identifier clairement le prestataire, la finalité du traitement et la durée de conservation. Une certification publique faciliterait cette reconnaissance.
Les plateformes devront aussi traiter les comptes déjà ouverts. Elles pourraient demander une nouvelle validation, limiter certaines fonctions pendant le contrôle ou suspendre les profils non vérifiés. Un déploiement progressif réduirait les files d’attente et les erreurs. La réussite technique dépendra d’indicateurs mesurables, notamment le taux de fraude, le nombre de refus incorrects et le délai de recours.
Le contrôle d’âge ne peut donc pas se résumer à l’envoi d’une carte d’identité. Il nécessite une architecture complète, comprenant une preuve minimale, une protection cryptographique, des solutions alternatives et une procédure de correction. Sans cette cohérence, l’interdiction déplacerait le risque vers la collecte de données sensibles.
Protection des mineurs et données personnelles : les garanties attendues du nouveau texte
La protection des mineurs ne se limite pas à empêcher la création d’un compte. Les services sociaux collectent des données de navigation, des interactions, des préférences et des informations techniques sur les appareils. Ces éléments alimentent la personnalisation des contenus et, selon le service, la publicité. Une loi centrée uniquement sur l’inscription laisserait intacte une partie des mécanismes qui influencent l’expérience numérique.
Le règlement européen sur les services numériques, applicable à l’ensemble des plateformes concernées depuis le 17 février 2024, impose déjà des obligations particulières. Il interdit notamment la publicité ciblée fondée sur le profilage lorsqu’un service sait avec une certitude raisonnable que l’utilisateur est mineur. Les très grandes plateformes doivent aussi évaluer et réduire certains risques systémiques liés à leurs services.
Les obligations qui pourraient accompagner l’interdiction
Le futur texte peut agir sur plusieurs niveaux. Avant 15 ans, il organiserait une restriction d’accès aux services définis par la loi. Pour les adolescents autorisés, il pourrait renforcer les paramètres protecteurs par défaut. Un compte privé, la désactivation de la géolocalisation précise et la limitation des messages envoyés par des inconnus réduisent l’exposition sans demander une intervention constante des parents.
La recommandation algorithmique mérite un traitement spécifique. Les fils personnalisés sélectionnent des publications selon les interactions et le temps de visionnage. Une répétition rapide peut enfermer l’utilisateur dans un ensemble étroit de contenus. Des options permettant de revenir à un ordre chronologique ou de réinitialiser les recommandations donneraient davantage de contrôle aux adolescents et à leurs représentants légaux.
| Composante | Risque principal | Garantie envisageable | Contrôle attendu |
|---|---|---|---|
| Preuve d’âge | Collecte excessive d’identité | Attestation limitée au seuil de 15 ans | Audit du prestataire |
| Compte d’adolescent | Exposition publique involontaire | Profil privé par défaut | Test des paramètres |
| Recommandation | Amplification répétitive de contenus | Choix d’un fil non personnalisé | Évaluation des risques |
| Publicité | Profilage d’un mineur | Absence de ciblage comportemental | Inspection des données utilisées |
| Messagerie | Contact indésirable | Restriction des messages entrants | Signalement accessible |
| Recours | Blocage erroné d’un utilisateur | Vérification alternative rapide | Délai de traitement publié |
La durée de conservation devra être courte et justifiée. Une fois le seuil confirmé, le prestataire ne devrait pas garder une copie complète du document sans motif distinct. Le principe de minimisation prévu par le RGPD exige que seules les données nécessaires soient traitées. Une politique détaillée devra indiquer qui accède aux informations, où elles sont hébergées et quand elles sont supprimées.
Publicité, personnalisation et expérience adaptée à l’âge
Les plateformes adaptent déjà certains contenus selon les paramètres, l’activité de recherche, la localisation générale et les choix publicitaires. Cette personnalisation peut servir à proposer une interface adaptée à l’âge, mais elle peut aussi intensifier le suivi. Le consentement aux cookies supplémentaires ne doit pas devenir une condition indirecte pour accéder à un contrôle d’âge ou exercer un recours.
Une expérience adaptée à la jeunesse peut reposer sur des données limitées. La plateforme a besoin de connaître une tranche d’âge, pas nécessairement une date de naissance complète. Elle peut désactiver certaines fonctions de monétisation, empêcher le téléchargement public d’une vidéo ou réduire les notifications nocturnes. Ces mesures agissent sur la conception du service plutôt que sur la seule responsabilité individuelle.
La transparence devra rester compréhensible. Des conditions générales longues et techniques ne permettent pas à un adolescent de saisir la portée d’un traitement. Les informations essentielles peuvent être présentées en plusieurs niveaux : une explication courte sur l’écran concerné, une page détaillée et un espace destiné aux responsables légaux. Cette organisation facilite la compréhension sans masquer les aspects juridiques.
Le risque de fuite nécessite également un plan de réponse. Les données liées à l’âge peuvent intéresser des fraudeurs, surtout lorsqu’elles sont associées à une pièce d’identité. Le chiffrement, la séparation des bases et la limitation des accès internes réduisent la surface d’attaque. Les autorités devront pouvoir vérifier ces mesures au-delà des déclarations commerciales.
Une législation équilibrée doit enfin couvrir les utilisateurs refusés à tort. Une personne majeure peut sembler plus jeune lors d’une estimation automatisée. Elle doit disposer d’une solution alternative, gratuite et accessible. Le prestataire ne devrait pas imposer un parcours plus intrusif sans expliquer les options disponibles et la durée nécessaire pour restaurer le compte.
L’efficacité du cadre dépendra donc de garanties intégrées dès la conception. L’âge constitue une donnée fonctionnelle, mais il ne doit pas devenir un nouvel identifiant publicitaire ou un moyen de relier tous les comptes d’une même personne.
Réseaux sociaux interdits avant 15 ans : conséquences pour les familles, les écoles et les plateformes
La mesure modifierait directement les pratiques familiales. Les parents ne seraient plus seuls à interpréter les limites d’âge inscrites dans les conditions générales. Une obligation légale donnerait un cadre commun, mais elle ne supprimerait pas les contournements. L’utilisation du compte d’un adulte, la modification de la région ou l’accès depuis un navigateur non identifié resteraient des scénarios à anticiper.
Les familles devront comprendre la différence entre une plateforme sociale, une messagerie et un service vidéo. Certains outils combinent plusieurs fonctions dans une même application. YouTube propose des chaînes, des commentaires et des recommandations, tandis que WhatsApp repose principalement sur la communication entre contacts. La qualification juridique devra tenir compte des usages réels plutôt que du seul nom commercial.
Ce que l’interdiction changerait dans l’éducation numérique
Les établissements scolaires conserveraient un rôle essentiel. Une restriction avant 15 ans ne remplace pas l’apprentissage de la sécurité en ligne. Les élèves rencontrent aussi des vidéos, des forums, des jeux connectés et des systèmes de discussion intégrés. Ils doivent savoir reconnaître une tentative d’escroquerie, protéger un mot de passe et signaler un comportement abusif.
L’éducation aux médias peut inclure l’analyse d’un fil de recommandations. Une classe peut comparer l’ordre chronologique avec une sélection personnalisée, puis identifier les signaux utilisés par l’algorithme. Cet exercice montre comment un clic, un arrêt sur une vidéo ou un partage modifie progressivement les contenus proposés. Il évite de présenter internet comme un espace uniforme.
Le personnel éducatif devra disposer de règles précises pour les activités pédagogiques. Un professeur peut vouloir montrer une publication publique ou étudier une campagne de désinformation. La consultation collective d’un contenu ne correspond pas nécessairement à l’ouverture d’un compte personnel. Le texte devra éviter de bloquer des usages encadrés qui contribuent à l’éducation civique et numérique.
Les adaptations attendues chez TikTok, Instagram, Snapchat et les autres services
TikTok, Instagram, Snapchat, Facebook, X et les plateformes comparables devront revoir leur inscription si elles entrent dans le champ de la loi. Elles pourraient intégrer un fournisseur de preuve d’âge, modifier leurs interfaces et établir des procédures de recours en français. Les applications distribuées par Apple et Google devront aussi expliquer les conditions d’accès avant le téléchargement ou lors de la création du compte.
Discord et Reddit illustrent une autre difficulté. Ces services hébergent des communautés très différentes, dont certaines portent sur l’entraide scolaire, les loisirs créatifs ou la programmation. Une interdiction uniforme pourrait fermer des espaces utiles avec les espaces plus risqués. Le législateur devra décider si le critère dépend de la fonction principale, de l’exposition publique ou des mécanismes de recommandation.
Les entreprises devront traiter les comptes existants de manière ordonnée. Une suspension immédiate pourrait priver un utilisateur de ses photographies, messages ou créations. Un délai d’exportation des données et une information préalable permettraient de préserver ses contenus personnels. Le compte pourrait ensuite être placé en attente jusqu’au franchissement du seuil ou à la présentation d’une preuve valide.
Les créateurs de contenu seraient également concernés. Une partie de leur audience pourrait disparaître des statistiques ou migrer vers des espaces moins régulés. Les marques devraient revoir leurs campagnes, surtout lorsqu’elles utilisent des formats susceptibles d’attirer les adolescents. Les plateformes auraient intérêt à fournir des indicateurs d’audience fondés sur des tranches d’âge vérifiées sans révéler l’identité des personnes.
Un effet de déplacement reste possible. Si les grands acteurs appliquent des contrôles solides, certains mineurs peuvent rejoindre des services étrangers moins connus, des forums privés ou des applications distribuées hors des magasins officiels. La régulation devra intégrer la détection de ces transferts. Les parents et les écoles auront besoin de ressources actualisées pour identifier les nouveaux espaces fréquentés.
Le risque de fracture numérique mérite une attention similaire. Toutes les familles ne possèdent pas un document compatible, un smartphone récent ou une identité numérique. Une méthode unique pénaliserait les utilisateurs dont l’équipement est ancien. Plusieurs parcours de preuve devront coexister, avec une assistance accessible et sans frais supplémentaires pour obtenir l’accès autorisé.
La règle modifierait enfin les discussions au sein des foyers. Le seuil légal fournirait un repère, tandis que les usages après 15 ans continueraient d’exiger un accompagnement. Le temps d’écran, les paramètres de visibilité et la publication d’images personnelles ne peuvent pas être gérés par une vérification effectuée une seule fois.
Régulation européenne et sécurité en ligne : comment la nouvelle loi pourrait être appliquée
La dimension européenne conditionne une grande partie de l’application. Les plateformes structurent leurs services à l’échelle de plusieurs pays, avec des systèmes d’inscription partagés et des centres de données répartis. Une règle française isolée peut être mise en œuvre, mais elle augmente les difficultés de contrôle territorial. Un texte commun faciliterait l’adoption de standards techniques et de procédures identiques.
La demande d’Emmanuel Macron à Ursula von der Leyen vise cette harmonisation. La Commission européenne peut proposer un texte, mais son adoption dépend ensuite de la procédure législative de l’Union, impliquant le Parlement européen et le Conseil. Le calendrier français peut avancer parallèlement, à condition de respecter les compétences européennes et les obligations de notification applicables aux règles techniques.
Le rôle du règlement sur les services numériques
Le Digital Services Act fournit déjà une architecture de régulation. Il impose des obligations graduées selon la nature et la taille du service. Les très grandes plateformes font l’objet d’une surveillance renforcée au niveau européen, tandis que les autorités nationales coordonnent d’autres contrôles. Une interdiction fondée sur l’âge devra s’insérer dans cette répartition pour éviter les procédures concurrentes.
Le DSA traite notamment des risques pour les mineurs, de la transparence publicitaire et des interfaces susceptibles d’influencer les choix. Il ne crée pas, à lui seul, une interdiction générale avant 15 ans. La France cherche donc à ajouter une exigence d’accès tout en utilisant les instruments européens de supervision. Cette combinaison peut faciliter les audits et les demandes d’information adressées aux opérateurs.
La future législation devra désigner l’autorité compétente. L’Arcom possède une expérience de la régulation des contenus et des services numériques. La CNIL intervient lorsque des données personnelles sont traitées, notamment durant une vérification d’âge. Une coordination formalisée éviterait qu’une plateforme reçoive des demandes contradictoires sur la conservation des preuves ou le contrôle des utilisateurs.
Sanctions, audits et indicateurs d’efficacité
Une sanction ne devrait pas dépendre du simple fait qu’un mineur a réussi à contourner le système. Aucun dispositif ne garantit un taux de réussite absolu. Le contrôle peut plutôt évaluer les moyens mis en place, la fréquence des audits, la correction des failles connues et la réaction aux signalements. Cette logique distingue un contournement isolé d’une absence générale de vérification.
Les autorités auront besoin d’indicateurs comparables. Le nombre de comptes refusés ne suffit pas, car une plateforme pourrait bloquer excessivement pour améliorer ce chiffre. Il faut mesurer les faux refus, les validations incorrectes, le délai de recours et la quantité de données conservées. La publication de résultats agrégés permettrait d’évaluer le dispositif sans exposer les informations individuelles.
Des tests indépendants peuvent compléter les déclarations des entreprises. Des auditeurs pourraient vérifier différents parcours avec des profils autorisés, des comptes sous le seuil et des tentatives de fraude. Ils examineraient aussi l’accessibilité pour les personnes handicapées et la compatibilité avec plusieurs appareils. Les résultats devraient conduire à des correctifs assortis d’un calendrier contrôlé.
La coopération internationale restera nécessaire pour les services situés hors de l’Union. Une plateforme qui cible le marché français ne devrait pas échapper aux obligations par une simple domiciliation étrangère. Les magasins d’applications, les fournisseurs de paiement et les intermédiaires publicitaires peuvent contribuer à l’exécution, sous réserve de mesures proportionnées et d’une procédure contradictoire.
Le texte devra enfin prévoir des ajustements. Les méthodes de fraude évoluent, tout comme les techniques de preuve d’âge. Une évaluation périodique permettrait de modifier les standards sans réécrire toute la loi. Les autorités pourraient publier une liste de solutions certifiées, retirer un agrément après une faille grave et mettre à jour les exigences de chiffrement.
Le succès ne se mesurera pas uniquement au nombre de comptes supprimés. Il faudra observer la diminution de l’exposition à des fonctions inadaptées, la migration éventuelle vers des services moins encadrés et l’évolution des incidents signalés. Ces données permettront de distinguer un effet réel d’un simple déplacement des usages numériques.
La régulation devra préserver des recours effectifs. Une plateforme sanctionnée doit pouvoir contester une décision, comme un utilisateur bloqué doit pouvoir prouver son âge par une autre méthode. Cette symétrie renforce la sécurité juridique et limite les décisions automatisées impossibles à corriger.
On en dit Quoi ?
La relance promise par Emmanuel Macron répond à une préoccupation concrète, mais l’annonce politique ne règle pas les difficultés d’exécution. Le nouveau texte devra identifier précisément les services concernés, protéger les données utilisées pour vérifier l’âge et garantir un recours rapide en cas d’erreur. L’échelon européen paraît adapté au fonctionnement transfrontalier des grandes plateformes. Une interdiction crédible nécessitera aussi des paramètres protecteurs, une éducation numérique continue et une évaluation publique des résultats.
Les réseaux sociaux sont-ils déjà interdits aux moins de 15 ans en France ?
Le Parlement a adopté un premier dispositif, mais celui-ci a été censuré par le Conseil constitutionnel. Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle législation remaniée. Son application dépendra du texte finalement adopté, de son contrôle constitutionnel et de son articulation avec le droit européen.
Comment une plateforme pourra-t-elle vérifier qu’un utilisateur a plus de 15 ans ?
Plusieurs méthodes sont envisageables : document d’identité, estimation faciale, identité numérique ou attestation délivrée par un tiers de confiance. La solution la plus protectrice transmettrait seulement la confirmation que le seuil est atteint, sans révéler l’identité complète de l’utilisateur.
L’autorisation des parents permettra-t-elle de créer un compte avant 15 ans ?
Ce point dépendra de la rédaction définitive de la législation. Une interdiction stricte écarterait l’autorisation parentale, tandis qu’un régime de majorité numérique pourrait la maintenir dans certaines conditions. Le texte devra préciser clairement le rôle des responsables légaux.
YouTube, WhatsApp et Discord seront-ils concernés ?
Le périmètre devra être défini selon les fonctions des services. Une plateforme de vidéos, une messagerie privée et un espace communautaire ne présentent pas les mêmes usages. La loi pourrait retenir des critères liés à la publication publique, aux recommandations algorithmiques et aux interactions entre utilisateurs.
Que deviendront les comptes déjà ouverts par des mineurs ?
Les plateformes pourraient demander une nouvelle preuve d’âge, limiter temporairement certaines fonctions ou suspendre le compte. Un mécanisme équitable devrait permettre d’exporter les données, de contester une erreur et de récupérer l’accès lorsque l’âge requis est atteint.


